La lettre écarlate

Posted on Thu 16 January 2020 in books

Après que Netflix m'ai proposé de voir la réinterprétation moderne mettant en scene Emma Stone (Easy A), je me suis dit que hey, quand même, ça serait bien que je lise l'original, histoire que ma bibliothèque ne soit pas composée que que d'analyses socio-économiques et de littérature fantastique à destination des adolescents.

Et comme je suis snob (ou maso) (ou les deux), j'ai fait le choix de le lire en VO. Manque de bol pour moi (mais bonne pioche pour mon snobo-masochisme), je suis tombé sur une édition avec le texte original. Comprendre écrit en anglais américain du millieu du XIXème siècle. Et manifestemment, la graphie d'une langue évolue assez vite. Parce que rien ne m'avait préparé à des phrases comme « Prithee, young one, who art thou, and what has ailed thy mother to bedizen thee in this strange fashion? ». Après avoir cherché la moitié des mots sur le Wiktionary, j'ai découvert que la phrase voulait simplement dire « Please (I pray you), young one, who are you, and what has ailed your mother to bedizen you in this strange fashion? » (« Excusez-moi, jeune personne, qui êtes vous et qu'elle mouche a piqué votre mère pour vous accoutrer de la sorte ? »). Bref, une fois que tu as compris qu'à l'époque il était plus cher d'imprimer un « y » qu'un « th », tu résouds la moitié de tes problèmes de compréhensions (thou/thee ⟶ you, thy/thine ⟶ your, thyself ⟶ yourself, …).

L'histoire se passe au millieu du XVIIème, dans une colonie Puritaine du Massachussetts fondée de depuis peu et se concentre sur la vie de Hester Prynne. Hester Prynne est arrivée dans la colonie avant son mari, ce dernier étant resté en Angleterre pour finir de régler ses affaires. Le temps passe sans aucunes nouvelles de ce dernier, il est fini par être déclaré disparu. Pourtant, Hester tombe enceinte et accouche d'une petite fille, Pearl. Les Puritains ont beaux être chrétiens, une femme qui procrée sans mari, ça n'existe pas. Le serpent qui parle, ok, mais ça, non. Oh wait… Refusant de dénoncer son amant, Hester est condamné à porter la lettre A sur sa poitrine et à vivre en marge de la communauté. Et je m'arrête là pour ne pas divulgâcher l'intrigue.

J'ai eu un peu de mal à le lire, en partie à cause de l'ancienneté du texte comme vu plus, mais aussi à cause du style de l'auteur qui produit des phrases extrement longues. Mais cette longueur est aussi une des forces du roman car cela laisse la place à l'auteur de bien décrire et caractériser ses personnages afin de nous les rendre bien plus vivants. Nous somme face à des tableaux, où les mots remplace la peinture et le pinçeau. Par exemple, au début du deuxième chapitre, il y a ce paragraphe : « When the young woman — the mother of this child — stood fully revealed before the crowd, it seemed to be her first impulse to clasp the infant closely to her bosom; not so much by an impulse of motherly affection, as that she might thereby conceal a certain token, which was wrought or fastened into her dress. In a moment, however, wisely judging that one token of her shame would but poorly serve to hide another, she took the baby on her arm, and, with a burning blush, and yet a haughty smile, and a glance that would not be abashed, looked around at her towns-people and neighbors. On the breast of her gown, in fine red cloth, surrounded with an elaborate embroidery and fantastic flourishes of gold-thread, appeared the letter A. It was so artistically done, and with so much fertility and gorgeous luxuriance of fancy, that it had all the effect of a last and fitting decoration to the apparel which she wore; and which was of a splendor in accordance with the taste of the age, but greatly beyond what was allowed by the sumptuary regulations of the colony. » (là, j'ai la flemme de traduire. Déso pas déso). 191 mots pour dire qu'Hester est révélée à la foule avec son enfant et sa lettre d'infamie. Mais aussi tellement plus. On apprend qu'elle à suffisament de jugeotte pour comprendre l'inutilité de masquer sa lettre A avec son enfant (« In a moment, however, wisely judging that one token of her shame would but poorly serve to hide another »), que malgré la situation elle capable de rester digne devant la foule présente pour la juger (« and yet a haughty smile, and a glance that would not be abashed, looked around at her towns-people and neighbors »), qu'elle excelle dans la broderie (« On the breast of her gown, in fine red cloth, surrounded with an elaborate embroidery and fantastic flourishes of gold-thread, appeared the letter A ») et qu'elle capable de transformer ce qui est censé être une marque de honte en un symbole de prestige qu'elle arbore fièrement (« It was so artistically done, and with so much fertility and gorgeous luxuriance of fancy, that it had all the effect of a last and fitting decoration to the apparel which she wore »).

Je comprends pourquoi il est considéré par certain comme étant la meilleur œuvre de la littérature Étasunienne. Des livres qui m'ont pris aux tripes à ce point là, il n'y en a pas beaucoup, J'ai failli chialer en le finissant. Me rendant compte que je ne pourrais plus partager leur quotidien m'a fait l'effet de perdre des proches, tellement l'auteur a réussi à me les rendre vivants et familliers :-/

De mémoire, le seul autre livre m'ayant fait badder à ce point est Ender's Game de Orson Scott Card. J'aimerai beaucoup le relire, mais je ne me sens tellement pas prêt à revivre la trahison de la fin :-/

En résumé, je vous le recommande et ça m'a donné envie de lire d'autres classiques de la littérature anglosaxone et étasunienne du XIXème siècle, dont Frankeinstein de Mary Shelley (la version de 1818 car il parait que la version de 1832 est moins bien pour cause d'auto-censure de l'autrice), Dracula de Bram Stoker et A Connecticut Yankee in King Arthur's Court de Mark Twain.